Le premier défi lancé dans la commuanute, le thème était “Sommeil”, avec une contrainte supplémentaire : le texte devait débuter par “La pénombre tombait sur le monde, l’heure propice au sommeil…". Voici ma réalisation. N’hésitez pas à me donner votre avis sur Twitter !

Achille s’écroula dans son lit après une journée de dur labeur. Il travaillait beaucoup en ce moment, beaucoup trop même il se disait souvent. Il était comptable en chef dans une multinationale. Son ascension dans l’entreprise avait été très rapide, tant il était talentueux, à la fois dans son travail, mais aussi en sachant se rapprocher des bonnes personnes, et de les brosser dans le sens du poil. Cela lui avait assuré une carrière fabuleuse, mais aussi attiré les foudres de ses collègues, parfois plus méritants, qu’il avait coiffé au poteau grâce à ses relations. Tout se passait extrêmement bien à cette époque, du moins du côté professionnel. Son mariage, en revanche, avait été un dommage collatéral de sa fulgurante progression. Sa gloire fut aussi merveilleuse que courte, lorsque son supérieur décèda soudainement. Il était persuadé qu’il allait prendre sa place, mais les autres directeurs n’étaient pas aussi dupes et avaient bien vu à quel point il se jouait d’eux dans l’espoir de conquérir la société. Aussi décidèrent-ils de lui apprendre une leçon en faisant venir un nouvel élément, un nouveau patron.

Mais Achille ne se laissa pas abattre, et il avait bien l’intention de mettre ce Hector dans sa poche. Il lui apporta un café et un petit déjeuner le premier jour, lui fit faire le tour du propriétaire, lui indiquant les personnes desquelles il devait se méfier. Mais ce nouveau n’était pas aussi corruptible que le précédent, et voyait clair dans son jeu. Il décida de le laisser de côté, préférant passer par un autre pour poser ses questions. Cela mit Achille hors de lui. Son égo blessé, il tenta un coup de poker. En pleine réunion, il décida de le contredire et de pointer une faille dans son raisonnement devant tout le monde. Il n’avait pas idée à quel point il allait regretter cette décision.

Il ne lui fallut pas longtemps pour se rendre compte que ce nouveau chef était un vrai tyran qui allait l’user jusqu’à la moelle. Réunions qui s’attardent, dates limite impossible à respecter, humiliation publique devant ses collègues… Il n’avait pas un seul moment de répit. Il se tuait à la tâche, et passait le plus clair de sa vie à son bureau. Il avait essayé d’obtenir la sympathie de ses collègues, mais il était tellement détesté qu’il se retrouvait seul.

Ses soirées se limitaient au strict minimum : le trajet en métro vers son appartement miteux, un repas froid pris sur le pouce, et un sommeil non réparateur, plus proche d’une sieste que d’une bonne nuit. Chez lui, son travail ne le quittait pas non plus. Il rapportait toujours un ou deux dossiers pour travailler le soir. Même pendant la nuit il n’arrivait pas à se débarrasser de son directeur. Il le poursuivait jusque dans ses rêves où il finissait toujours par se transformer en un monstre inhumain, difforme, effrayant. Alors il s’enfuyait, mais sans grand succès, le monstre finissant toujours par le rattraper. Et à ce moment-là, ouvrant ce qui lui servait de bouche, il s’approchait de lui, comme pour le dévorer. Paralysé, incapable de bouger, Achille ne pouvait qu’attendre le baiser de la créature… Qui n’arrivait jamais. Le jeune homme se réveillait toujours à ce moment précis. Du moins jusqu’à aujourd’hui.

De cette nuit-là, il ne se réveillerait jamais. Le monstre aurait finalement raison de lui, posant ses lèvres cadavériques sur les siennes, aspirant les meilleurs moments de sa vie : ses amis d’enfance, sa rencontre avec l’amour de sa vie, ses prouesses au travail… Jusqu’à ce qu’il ne resta plus rien. Rien à part tous les mauvais souvenirs, la mort de ses parents, son divorce et la perte de son enfant, l’arrivée d’Hector en tant que nouveau chef, et tous les jours qui suivirent ce moment. Condamné à les vivre encore et encore, Achille s’enfonça dans un coma si profond que les médecins finirent par le libérer de sa souffrance. Ou du moins c’est ce qu’ils pensaient faire: s’ils avaient éteint son corps et son cerveau, son âme demeurait prisonnière du monstre, le torturant en le forçant à revivre pour l’éternité les pires moments de son existence.


Thomas était un adolescent problématique. Très timide, chétif, il passait le plus clair de son temps dans ses pensée, ignorant le monde extérieur qui le rejetait.

Il était le bouc émissaire de son lycée. Très petit pour son âge, il était la cible des moqueries de tous ses camarades. Même les laissés pour compte, généralement les premiers à se faire insulter et chahuter, se mêlaient à son harcèlement.

Les insultes étaient faciles à gérer, Thomas ne les entendait même plus. Ce qui était plus compliqué, c’était quand les autres commençaient à se mettre en bande pour le frapper. Cela se passait toujours de la même façon : un des sportifs venait lui parler; il l’ignorait; il s’énervait; il le frappait. Puis un autre arrivait. Puis un autre. Puis un autre. Jusqu’à ce qu’une foule se forme autour d’eux et qu’un des professeurs ou surveillants intervienne enfin. Cela se finissait en général à l’infirmerie de l’école, puisque personne ne voulait s’embêter avec l’hôpital et la police. Le lycée préférait étouffer l’affaire pour ne pas se faire mauvaise presse. Tout allait bien dans l’établissement, à part ces quelques… incidents isolés. Et puis ce n’est pas comme s’ils avaient à se soucier des parents de Thomas, eux-mêmes n’emmenaient pas leur enfant se faire soigner, ni même ne venaient s’inquiéter auprès du proviseur de voir leur unique fils revenir de cours le visage tuméfié. Surtout quand ça camouflait les propres blessures qu’ils lui infligeaient.

Thomas, lorsqu’il le pouvait, passait son temps libre dans la bibliothèque du lycée de façon à éviter toutes les brutes. Le problème c’est qu’elle n’était pas toujours ouverte, et il devait bien affronter de temps à autres le monde extérieur.

Ses moments dans la librairie étaient les meilleurs de sa journée. Ici, il était seul avec ses pensées et un monde de savoir quasi illimité à sa porté. Il se plongeait dans les livres, les dévorant avec une passion infinie, se perdant dans des aventures l’emportant dans des contrées imaginaires, ou lui apprenant des choses incroyables sur le monde, au-delà des limites de sa pauvre et misérable vie.

Un jour, alors qu’il errait dans les couloirs de la bibliothèque à la recherche du prochain ouvrage qui lui permettrait d’échapper à son quotidien, il tomba sur un livre qu’il n’avait jamais aperçu avant. Une vieille couverture de cuir rouge, des reliures noires, et une aura comme si cet écrit était en vie et l’appelait. Il essayait d’en détacher son regard, de s’en éloigner tant il sentait quelque chose de maléfique en émaner, mais rien n’y faisait. Ses pieds et ses yeux étaient totalement attirés par cet ouvrage, comme si un magnétisme s’était installé entre eux. D’un pas prudent et pas décidé, Thomas s’approcha de l’étagère. Plus la distance diminuait et plus il sentait qu’il lui serait impossible de faire demi-tour. La tentation de saisir le grimoir était de plus en plus irrésistible. Le silence se fit encore plus pesant, encore plus assourdissant que d’habitude. Comme si Thomas se retrouvait seul au monde avec le livre. Il tendit son bras, et une main branlante, saisit la tranche du livre…

Il ne se passa rien.

Thomas se sentait stupide. Il avait passé trop de temps dans des histoires d’horreur et de science fiction et son cerveau lui jouait des tours. Comme si un livre pouvait avoir ce genre d’effet sur un être humain… Sa curiosité exacerbée, il s’installa avec son choix sur une table, se saisit de l'épaisse couverture du livre, et l’ouvrit…

Cette fois-ci, quelque chose se passa.

Les pages se mirent à tourner en toute autonomie, une lumière irréelle émana de l’ouvrage, les mots commencèrent à danser sur le papier, tournoyant dans une chorégraphie d’un autre monde. Les lacets noirs recouvrant la couverture se lièrent autour des mains de Thomas, qui contemplait le terrifiant spectacle se déroulant sous ses yeux. Pris d’une peur panique infernale, il essaya de se libérer de ses liens, mais en vain. Plus il s’agitait et moins il le pouvait.

Les mots arrêtèrent leurs danses, et se dirigèrent vers les mains de Thomas. Pénétrant sous sa peau par un étrange maléfice qu’il ne pouvait comprendre mais avec une douleur bien réelle, le jeune garçon hurla au point de n’avoir plus de souffle. Il s’effondra, dans un mélange de souffrance et d’asphyxie, la tête contre le livre, pendant que les phrases continuaient de s’inscrire sous sa peau.

Il se réveilla quelques minutes plus tard. Il était toujours seul, assis à la même table, mais le mystérieux grimoir avait disparu. Déboussolé, Thomas se leva d’un bond et enleva son t-shirt. Aucune inscription, aucun mot, rien que sa peau. Retrouvant peu à peu son calme, le jeune garçon s’assit de nouveau. Probablement un rêve, se dit-il, même si ça ne lui ressemblait pas de s’endormir en pleine journée. Le cerveau humain détestait ne pas avoir d’explication à ce qu’il se passe, et c’était la seule conclusion logique à laquelle il pouvait arriver… Peut-être aurait-il dû chercher une solution illogique…

Alors qu’il se rhabillait pour retourner en cours, les mots, intelligemment cachés sous ses cheveux, reprirent leur place sur le corps de Thomas, s’imprégnant de plus en plus dans son être.

La journée se déroula extrêmement lentement, bien plus que d’habitude. Le garçon n’avait d’ordinaire jamais envie de rentrer chez lui, mais aujourd’hui c’était différent. Il se sentait épuisé, vide, comme un étranger dans son propre corps. Comme si sa sieste l’avait encore plus fatigué qu’un semi-marathon. Il survola les heures de cours sans vraiment prêter attention, et dès que la cloche finale marqua la fin de son labeur, il se dépêcha de prendre son vélo pour rentrer chez lui. Il esquiva ses agresseurs habituels, qui lui lancèrent tout de même de gentils qualificatifs au passage (“raté !", “ordure !", ou le plus classique “monstre !") en guise d’au revoir.

Il pédala aussi vite qu’il le pouvait. Chaque mouvement de son corps fatigué lui lançait des éclairs de douleurs. Heureusement, il n’avait pas loin à aller et le terrain était relativement plat, sinon il aurait pu s’écrouler avant d’arriver à destination. Il laissa tomber son vélo sur la pelouse, monta dans sa chambre sans dire bonjour à qui que ce soit et s’écroula sur son lit. Il ferma les yeux, attendant la délivrance du sommeil.

Celui-ci vint dès que son visage toucha l’oreiller, mais ne fut pas reposant pour autant. Cette nuit-là, il fit un rêve si réel qu’il se demanda à plusieurs reprises s’il était vraiment en train de dormir.

Il était dans une immense pièce noire, dont il ne voyait pas la fin. Il surplombait la vaste étendue rougeoyante à ses pieds, qu’une masse sombre difforme recouvrait. En regardant vers le bas, il remarqua qu’il était assis sur un trône, au sommet d’un immense escalier, dont les premières marches étaient perdues dans la masse. Autour de lui se trouvait deux créatures à peine éclairées par les vagues de feu venant lécher le plafond rocheux : un minotaure et un centaure. Ils le fixaient intensément, avant de commencer à parler :

— Bonjour, jeune maître. Maître ? Thomas n’était pas sûr d’avoir bien entendu. Bienvenue dans votre royaume.

Cette fois-ci, il était sûr de lui. Maître, Royaume, mais qu’est-ce que cela pouvait bien signifier ?

— Vous devez vous poser beaucoup de questions, continua le centaure, et nous allons y répondre sans plus attendre. Détendez-vous, nous ne vous voulons aucun mal. Après tout, nous sommes à vos ordres…
Quand ce trône se libère, le Livre des Monstres est envoyé sur Terre pour trouver un digne héritier de ce Royaume. Il se tapis dans l’ombre, attendant que l’âme la plus méritante ne se présente. Et il semblerait que cette fois, ce soit tombé sur toi.
Le Royaume des Cauchemars, ainsi se nomme cette vaste étendue dont tu as hérité. Tu en es le seul souverain, et devant toi, tes loyaux sujets. Ils sont venus des 4 coins de notre univers pour accueillir leur nouveau chef : toi. Lève-toi et salue-les, ça sera un bon début.

Thomas se mit debout et salua la foule, d’un air timide et perdu. Tout ceci semblait si réel, mais en même temps cela ne pouvait pas l’être. Un Livre des Monstres ? Un Royaume des Cauchemars ? Tout ceci n’avait clairement aucun sens… Et pourtant…

— Je sais ce que tu te dis, tu penses que tout ceci se passe dans ta tête. C’est vrai, mais ça ne veut pas dire pour autant que ce n’est pas reel. C’était la première fois que le minotaure prenait la parole. Cela te semble impossible, irréel, mais c’est bien en train de se passer. Si tu veux gouverner, il va cependant falloir que tu aies une meilleure posture… Un enfant effrayé ne fera pas long feu au milieu d’entre nous… Thomas sentit un frisson parcourir son dos. Le centaure avait beau avoir dit qu’ils étaient ses gardes, ce minotaure lui glaçait le sang.
Nous sommes à ton service. Nous pouvons aller hanter absolument qui tu veux, nous pouvons infiltrer leurs rêves et les transformer en le plus sombre des cauchemars. Tu n’as qu’à penser à quelqu’un, et nous irons… Nous pouvons les torturer autant que tu veux, aussi fort que tu le veux… Juste pour les effrayer, ou pour complètement les briser…

Hanter les gens ? Les briser ? Aussi alléchante était la proposition d’enfin se venger de ses ennemis, elle était impossible…

— Rien n’est impossible dans le Royaume des Monstres. Continua le minotaure, comme s’il lisait dans ses pensées. Nous sommes directement connectés au Royaume des Cauchemars, et de cette façon nous pouvons nous rendre dans le subconscient de n’importe qui et faire absolument tout ce que nous voulons là-dedans… La seule contrepartie à cela, c’est que tu ne peux être présent que lorsque tu es endormi. Dès ton réveil, tu redeviens l’enfant chétif que tu es dans le monde réel et tu n’as plus aucun pouvoir sur nous. Retourne dormir et tu reprends ta place sur ton trône, et ton ascendant sur nous tous…

Le Royaume des Cauchemars ? Et des Monstres ? Thomas n’y comprenait rien et il voulait se réveiller. Il se sentait épuisé alors même qu’il était en train de dormir, et surtout totalement perdu.

— Tu commences à disparaître, tu dois être en train de te réveiller. Réfléchis bien à tout ce que je t’ai dit, reprends-toi, et reviens en souverain à ta prochaine visite. Nous n’allons pas attendre indéfiniment que tu prennes une décision, les monstres ne sont pas connus pour leur patience. Reviens avec une cible, sinon…

Le minotaure n’eut pas le temps de terminer sa phrase que le réveil sortit Thomas de son rêve.

La journée passa à une vitesse incroyable. Le jeune garçon n’arrivait pas à se concentrer sur ses cours, tant il était absorbé par son rêve de la nuit passée. Il retourna à la bibliothèque mais ne parvint pas à retrouver le fameux livre de la veille. Plus le temps passait et plus il se disait que tout ceci n’était qu’un rêve et que rien ne s’était réellement passé. C’était improbable et franchement, un Royaume des Monstres ? Soyons sérieux deux minutes.

Une fois les cours terminés, il décida de passer par le centre-ville avant de rentrer chez lui. En chemin, il bouscula un homme pressé, faisant tomber ses dossiers à terre.

— Putain mais espèce de sale gosse tu peux pas faire attention où tu vas non ? Tu vois pas que je suis en train de bosser, là ? J’ai pas de temps à perdre avec des cons de mioches dans ton genre, à me faire perdre mes dossier. Je viens de passer l’après midi à tout ordonner et cette espèce de petite merde que tu es vient de tout foutre en l’air ! Fous le camp d’ici, allez ouste, dégage, retourne dans le trou à rat d’où tu viens avant que je vienne te casser la gueule, allez, va te faire foutre !

Thomas prit ses jambes à son cou sans demander son reste. Il avait l’habitude de se faire maltraiter par ses parents et des gens de son âge, mais un inconnu en pleine rue ? C’était nouveau, et il se sentait humilié comme jamais il ne l’a été auparavant. Il pleurait toutes les larmes de son corps jusqu’à chez lui, et se réfugia dans sa chambre. Son père, qui l’avait entendu pleurer, était déjà en train de l’insulter du bas des escaliers. Il se mit dans son lit, et attendit que le sommeil vienne le cueillir.

Il se réveilla assis sur le même trône que la veille, de nouveau entouré du minotaure et du centaure.

— Votre Majesté, bon retour parmi les vôtres. Vos sujets attendent vos ordres. Pensez à une victime et nous nous mettrons au travail.

Thomas pensa fortement à la personne qui l’avait humilié dans la rue dans la soirée.

— Bien, si tel est votre désir. Monstres, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Le minotaure souleva un bras et deux portails s’ouvrirent de chaque côté de la colline du trône. Un monstre difforme s’engagea dans un des portails, revenant quelques secondes plus tard.

— Voilà qui est fait. Votre premier ordre, rempli avec brio. Nous allons vous laisser rentrer dans votre monde pour constater par vous-même le travail réalisé par Klrwz. Revenez vite nous voir avec de nouvelles victimes…

A ces mots, Thomas s’éveilla. Il avait l’impression de n’avoir passé que quelques minutes dans le Royaume des Monstres, et pourtant il était déjà l’heure de se lever dans notre monde. Il s’empressa de se préparer et consulta le journal de son père, qui titrait
“Un cadre de General Factory retrouvé dans le coma Achille L., un des cadres de la multinationale General Factory, a été retrouvé hier soir à son domicile dans un état végétatif. Les médecins l’ayant pris en charge n’ont rien découvert pouvant expliquer son coma, et l’ont placé sous surveillance médicale rapprochée.”

Une photo accompagnait l’article, que Thomas reconnu immédiatement : c’était bien l’homme qu’il avait croisé et qu’il avait demandé de hanter. Alors tout était donc vrai ? Tout était réel ? Il venait de plonger un homme dans le coma juste en y pensant ? Cette idée l’effraya autant qu’elle l’excita. Tout ce pouvoir qu’il avait en lui, qu’il pouvait utiliser pour enfin se venger de tous ceux qui s’en prenaient à lui… C’était inespéré, et criminel, mais tellement alléchant…

Il alla en cours avec une volonté toute nouvelle aujourd’hui. Il avait bien l’intention de retenir le visage de tous ceux qui allaient le harceler, et se venger le soir même. 12 personnes avaient été méchantes avec lui aujourd’hui, 12 personnes qui ne se réveilleraient pas demain matin, ni jamais…

Il s’empressa d’aller se coucher dès la fin des cours, mais trouva le sommeil difficile à arriver. Il était bien trop pressé de pouvoir exécuter son plan, d’assouvir sa vengeance sur tous ces enfoirés qui lui pourissaient la vie…

— Bonjour Seigneur. J’espère que les exploits de Klrwz vous ont plu, cher maître.

— Beaucoup, je suis extrêmement satisfait. Répondit Thomas d’une assurance qu’il ne se connaissait pas. J’ai d’ailleurs une liste de nouvelles victimes que je souhaite punir. La voici.

Le jeune Roi fit défiler dans son esprit les 12 personnes qu’il avait choisies aujourd’hui.

— Vous ne perdez pas de temps, votre Grâce. Vos désirs sont des ordres.

Les portails s’ouvrirent de nouveau, et une horde de monstres s’engouffra dedans, avant de revenir quelques minutes après.

— En espérant que le résultat vous convienne, Messire, vous pouvez rentrer chez vous maintenant.

Il s’en alla pour le lycée à toute vitesse ce matin-là, sachant que sa journée serait la meilleure qu’il ait jamais connu. Finis les coups de poing, de pied, les sacs arrachés, les têtes dans les poubelles et dans les toilettes… Enfin débarrassés de tous ces gens qui faisaient de sa vie un enfer. Il allait enfin pouvoir être un adolescent ordinaire, se faire des amis et même pourquoi pas rencontrer une fille…

Un coup de poing le sortit de sa rêverie matinale. Le souffle coupé, des étoiles devant les yeux, le jeune Roi était bouche bée. Il était pourtant supposé être tranquille… Il réussit à ouvrir les yeux et voir qui l’avait frappé : Vincent, le plus violent de tous les gens qui s’en prenaient à lui. Il semblait épuisé, comme si il n’avait pas dormi de la nuit, ou alors d’un sommeil peu reposant.

— Salut ptite merde. Je suis content de t’avoir trouvé. J’ai passé une nuit horrible et j’avais bien besoin de me défouler.

Il subit un véritable calvaire ce jour-là. Il avait tant d’espoir, il avait tellement cru qu’aujourd’hui ça serait différent… Mais si Vincent était là, c’est que ses monstres avaient échoué, qu’ils l’avaient trahis… Tout le monde le trahissait, pourquoi est-ce que ça l’étonnait encore ? Plus il se faisait frapper et plus il voulait aller dormir pour s’expliquer avec ses loyaux sujets… Il avait besoin de comprendre pourquoi cette fois, alors qu’il le désirait plus que tout, ses ordres n’avaient pas marché.

Il fut emmené à l’infirmerie pour qu’on s’occupe de ses blessures. Il ne se sentait pas si mal en point que ça, mais son visage était apparemment suffisamment amoché pour justifier des soins immédiats. L’infirmière lui donna des somnifères pour atténuer la douleur, et Thomas s’enfonça dans un sommeil agité.

— Bonjour Seigneur

— Bonjour ? Bon jour ? Tu te fous de moi ? Je vous avez donné un ordre, une liste de gens à éliminer, et ils sont toujours en vie aujourd’hui ? Regarde mon visage, regarde ce qu’il m’a fait, regarde ton Roi !

— ON SE CALME ! Le minotaure venait de taper des sabots sur le sol, hurlant d’une voix énorme et puissante. Thomas retomba sur son trône, surpris et effrayé.

— Bien, maintenant tu te calmes et tu vas nous laisser t’expliquer un peu nos règles.
La première fois que tu nous as donné un autre, tu n’avais qu’une victime, et c’était ton coup d’essai, tu n’y croyais pas vraiment, tu n’avais pas conscience de ce qui se passait. Et pour se la péter un peu, on a envoyé notre meilleur élément. Ca explique le résultat que tu as pu voir sur cet homme. En revanche, la seconde fois, tu as multiplié tes victimes, diminuant ainsi la portée de ton désir. En plus, ton subconscient s’étant rendu compte de l’horreur que tu pouvais infliger, il t’as un peu retenu, nous donnant moins de pouvoir, nous avons hanté, torturé, mais pas détruit les personnes que tu nous as indiqué.
Maintenant que tu sais un peu mieux comment tout marche ici, tu es libre de choisir une nouvelle cible, et du niveau de violence que tu veux que nous leur infligions. C’est à toi, mon Roi…

— Je n’ai qu’une seule personne cette fois-ci, cette ordure de Vincent. Détruisez-le. Immédiatement. Et pas de coup fourré, je le veux brisé, je le veux torturé, je le veux anéanti !

— Ca va, ça va, on a compris. Que ta volonté soit faite…
Le rituel reprit comme à chaque fois, les portails, un monstre le franchissant et revenant ensuite.

— Il est l’heure de rentrer, votre majesté. Reprit le centaure.

— Non ! Je ne veux pas rentrer, je me sens tellement mieux ici, laissez-moi rester, je veux rester, c’est un ordre ! Je suis votre Roi, vous me devez l’obéissance !

— ASSEZ ! Le minotaure n’était vraiment pas dans un bon jour. Mon cher Roi, tu peux nous donner les victimes que tu veux, nous ordonner tout ce que tu désires le plus, mais tu dois respecter les règles. Les règles sont ce qui fait que ce Royaume fonctionne. Nous sommes des monstres, mais même les monstres ont un code. Tu ne peux être ici que si tu dors, et tu es en train de te réveiller. Alors retourne dans ton monde, et reviens nous voir à ta prochaine sieste, petit Roi…

Thomas se réveilla entre les murs blancs de l’infirmerie. Sa tête le faisait souffrir, et il fut pris de vertiges lorsqu’il se leva. Il était seul, et décida de se servir dans les somnifères qu’il pouvait trouver. S’il devait dormir pour se retrouver dans son Royaume, le seul endroit où on le respecte et on lui obéit, alors il dormirait. Beaucoup.

En sortant de la pièce, il découvrit un attroupement dans un des couloirs, et des élèves et professeurs courant vers les autres. Thomas les suivit et découvrit ce qui se passait : le corps inanimé de Vincent gisait sur le sol. Il ne put retenir un sourire machiavélique sur ses lèvres, qu’il s’empressa de dissimuler derrière sa main.

Ca avait marché cette fois-ci, ses ordres avaient été écoutés… Il pouvait y retourner, et continuer sa vengeance. Il retourna dans l’infirmerie, avala quelques cachets de somnifères, et se laissa sombrer dans le sommeil.

— Alors, vous êtes plus satisfaits de notre travail cette fois-ci, votre Majesté ?

— Oui. C’est parfait. Je l’ai enfin eu. Un de moins. Mais il y a encore tellement de travail. Si je ne peux en tuer qu’un par voyage, quel intérêt ?

— Je n’ai jamais dit ça. J’ai juste dit que ta volonté était trop faible pour tous les tuer d’un coup. Mais si tu veux réessayer, petit Roi, libre à toi… Mais dépêche toi, ton sommeil est… Différent. Il semble peu profond, presque… Artificiel. Attention, ne joue pas trop avec les règles… Tu pourrais le regretter.

— Je sais ce que je fais, ne me donne pas de conseil, je suis ton Roi, je fais ce que je veux.

— Attention à ton langage. Un Roi, quand il abuse, on lui tranche la tête…
Thomas ne pu s’empêcher de se frotter la nuque à ce moment-là.

— B… Bien, les autres sont les mêmes que la dernière fois. Éliminez-les. Tous.

— Qu’il en soit ainsi…

De retour dans son monde, il découvrit que les douze élèves qu’il avait choisi était bel et bien mort. Ou du moins, comme Achille, dans un coma dont ils ne se réveilleraient jamais. Et ça le mettait dans une joie infinie.

Les enseignants et le directeur, pensant à une épidémie, déclarèrent la quarantaine dans l’école. Thomas se dit qu’il allait profiter de l’enfermement et la proximité forcée avec les autres pour enfin essayer de se faire des amis, mais la tâche se révélait plus difficile qu’il l’avait espéré. Tout le monde pleurait le sort injuste des douze, et le jugeait pour son manque de tristesse et de compassion envers les comateux. Il se sentait blessé et humilié une fois de plus. Jamais aucun d’eux n’avait jamais versé une larme pour lui quand il se faisait tabasser, mais pour les 12 salopards qui le frappaient quotidiennement c’était la haie d’honneur. Il n’en pouvait plus de ce lycée, il n’en pouvait plus de cette vie…

Cette vie ? Mais oui ! Bien sûr ! Si il ne se réveillait jamais, il resterait définitivement dans le Royaume des Monstres ! Les règles disaient qu’il pouvait rester aussi longtemps qu’il dormait, donc s’il mourrait, comme il ne pourrait pas se réveiller… C’était évident, ça ne pouvait que marcher !

Restait à déterminer comment se suicider avec tous ces gens autour… Enfin, ce n’est pas comme si les autres se souciaient de lui… Il sortit du gymnase où ils étaient tous rassemblés, se dirigea vers l’infirmerie et s’installa dans le lit. Il avait toujours sur lui les somnifères, une boîte quasi pleine, une bonne overdose devrait faire l’affaire… Il avala toute la boîte en prenant de faibles gorgées d’alcool pour désinfecter les plaies, se disant que ça aiderait à la manoeuvre. Il s’allongea sur le lit, ferma les yeux et attendit la délivrance d’un sommeil sans fin…

Il se retrouva à nouveau dans le Royaume des Monstres, mais cette fois il n’était pas assis sur le trône, il était à genoux devant lui. Le centaure et le minotaure, comme à leur habitude, était de part et d’autre de lui, épées sorties, lames en dessous de son cou.

— Je t’avais prévenu pourtant, petit Roi, tu dois suivre nos règles. Et tu as désobéi.

— Non ! Tu as dit que je ne pouvais rester que tant que j’étais endormi, et j’ai fait en sorte de ne plus me réveiller.

— En trichant ! Nous sommes connectés au Royaume des Cauchemars, pas au Royaume des Morts ! Tu as enfreint les règles, tu n’es plus digne de ce trône.

— Et vous allez faire quoi ? Me tuer ? Vous venez de dire que vous n’avez pas de lien avec le Royaume des Morts, ça veut dire que vous ne pouvez pas me tuer, pas vrai ?

— Oui. Mais ça ne veut pas dire que nous ne pouvons pas te punir… Vois-tu, ces lames ne servent pas à trancher la chair… Elles servent à trancher les âmes. Avec elles, nous pouvons couper ta connexion entre ton corps et ton esprit. Ton corps deviendra une coquille vide, à l’image de ceux de tes victimes, et ton âme restera ici bas, avec nous… Pour toujours.

— Quoi ? Non ! Je vous ordonne de…

— TU NE NOUS ORDONNES RIEN DU TOUT ! Tu as eu ta chance, ton moment de gloire, tu ne pouvais pas te satisfaire de ce que tu avais, tu en voulais plus, tu as été gourmand et tu as enfreint les règles qui nous régissent. Tu as joué avec le feu, et tu t’es brûlé. Dis adieu à ta vie terrestre, petit Roi.

A ces mots, les lames tranchèrent un lien invisible au dessus de la tête de Thomas. Il hurla, comme si on venait de lui couper la tête, mais il était entier.
— Tu voulais être avec nous pour l’éternité, ta volonté va t’être accordée. Mais pas en tant que Roi, en tant qu’un des nôtres…
La douleur était cette fois beaucoup plus intense et répandue. Chaque partie de son corps le faisait souffrir, car tout était en train de changer. Il se transformait en une créature difforme, et la souffrance le rendait fou. La douleur atteignit finalement sa tête, effaçant petit à petit sa conscience. Puis il ne ressentit plus rien du tout. Plus de souffrance, plus de transformation, plus de pensée consciente… Plus rien.

On retrouva son corps lorsque la quarantaine fut levée. Personne n’avait remarqué la disparition de Thomas avant cela. Il fut considéré comme une autre victime de cette étrange épidémie qui eut raison de 14 personnes, et que personne n’arriverait jamais à comprendre.

A quelques centaines de kilomètres de là, une jeune fille se réfugiait dans une bibliothèque. Elle parcourait les étagères quand elle aperçut un livre étrange, un très vieux grimoire avec une couverture rouge et des lanières noires…